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Vieux chanteurs corses C'est celui de la tradition, celui qui servait à ponctuer les principaux moments de la vie et celui qui était chanté par tous ceux qui travaillaient ou participaient à la communauté : bergers, artisans, mères, ...

Mighela Cesari

Mighela Cesari

"Paghjella Orba"


Notre initiation au chant polyphonique corse s'est déroulée par une chaude journée de septembre 1988, alors que nous étions montés en fin de journée, avec ma femme et mes deux enfants, au refuge de Ciottulu di I Mori, pour y passer la nuit avant de monter à la Paglia Orba et au Capu Tafunatu. A l'arrivée au refuge, nous rejoignons un groupe de randonneurs, majoritairement Ajacciens, venus eux aussi passer la nuit avant de monter au sommet de la reine des montagnes corses. Déjà affairés aux préparatifs du dîner, nous ne faisions pas spécialement attention aux activités de nos co-équipiers, lorsque soudainement un chant soliste séleva en provenance du Col des Maures juste au-dessus du refuge, bientôt soutenu par deux autres voix, cette fois-ci en provenance des abords. C'étaient trois chanteurs du groupe qui organisaient une paghjella en plein air, dans ce cadre sauvage et cet environnement sonore surprenant de la chaîne montagneuse ! Ces voix étaient magnifiques, complètement intégrées dans le décor minéral du lieu et comme provenant des entrailles de la montagne : étonnante initiation et révélation pour nous, pauvres pinzutti, découvrant le pouvoir d'enchantement de ces sonorités en pleine nature. La fin de la soirée ne fut pas en reste, puisque le noyau de chanteurs qui constituait le groupe continua de nous régaler de son répertoire pendant tout le dîner et jusqu'à une heure fort avancée de la nuit. Mon fils, il avait 6 ans à l'époque et aurait dû se coucher bien plus tôt, resta éveillé jusqu'à 2 heures du matin, complètement subjugué par ces chants d'un autre monde. Malheureusement, bien que tôt initié aux subtilités polyphoniques, cela ne l'empêcha pas ultérieurement de basculer vers Metallica et consorts et d'oublier un peu son émerveillement d'enfant, même s'il revient chaque été lors de nos vacances sur l'île.

Les Ajacciens et mon fils au sommet de la Paglia Orba

Le lendemain, nous montâmes tardivement à la Paglia Orba, les Ajacciens par la voie normale, moi-même avec mon fils par les cheminées de Foggiale, et nous nous retrouvâmes au sommet des lieux pour déjeuner et finir d'entendre le répertoire de nos amis. Ainsi commença pour nous cette quête sans cesse renouvelée des chants corses polyphoniques. Ces chanteurs m'étaient apparus d'une étonnante maîtrise dans la réalisation de leurs oeuvres et me semblaient dépasser le stade de l'amateurisme. L'explication m'en fut donnée plus tard, lorsque je crus (?) reconnaître dans la voix principale (A segunda), un chanteur local relativement connu (Jean-Marc Ceccaldi) dont je me suis empressé d'acheter les cassettes.
(Dernière info 24/08/2006 - message de Jean-Marc Ceccaldi :"Salut !
Je suis Jean-Marc Ceccaldi, et j'ai eu la (super bonne) surprise de tomber sur ton site, avec notamment la photo au sommet de Paglia Orba. Je suis très heureux que tu aies aimé nos petites improvisations à l'époque. Un détail pour ton fils : on peut très bien aimer et pratiquer à la fois la Paghjella et Metallica. Je suis personnellement accro aux deux !!!
Merci pour ton site. Jean-Marc."

Le chant polyphonique tel qu'il est pratiqué en Corse repose essentiellement sur le mélange de trois voix de base, sans accompagnement musical (a capella) :

• A seconda : comme son nom ne l'indique pas, c'est la voix principale qui conduit le chant principal et donne la mélodie ;
• U bassu : la voix de basse, celle qui mentionne les notes mêres ;
• A terza : la voix la plus aigüe, chargée des ornementations (ribuccati), mais restant toute proche du chant principal.

Ce chant à troix voix est majoritairement exprimé sous la forme principale profane de la paghjella et les autres formes plus annexes que sont le terzettu (terzine) et le madricale : ces formes de chant ne diffèrent (à ma connaissance) que par la forme des vers qui les composent. Il est aussi, bien sûr, interprété dans les chants sacrés religieux, toujours pratiqués en Corse, essentiellement en Castagniccia.

Ce sont, en général et surtout la paghjella, des chants âpres, rugueux et violents, soutenus par des voix puissantes, plutôt rauques par tradition (les voix de bergers ?) : pas besoin de microphone pour les accompagner (j'ai souvent écouté des groupes et chanteurs corses qui n'en avaient pas dans leurs spectacles locaux, surtout en église), car pour former les harmoniques caractéristiques, les chanteurs ont des attaques fortes et un niveau sonore étonnant en suivant pour que "ça pète" et "ça le fait". Cette forme de chant est caractérisée pour le touriste par la formation des groupes de chanteurs, souvent en cercles étroits, et leur attitude individuelle consistant à poser une main sur l'une de leurs oreilles: loin d'être folkloriques, ces coutumes témoignent de l'extrême symbiose que doivent avoir ces solistes entre eux (car ce sont des solistes chantant en groupe) et de leur technique employée pour mieux écouter chacun individuellement sa propre voix.

Enfin, il faut savoir que les morceaux chantés sont en fait articulés autour d'un thème principal (versu), objet de la transmission orale traditionnelle, à partir duquel chacun des membres du groupe de chanteurs a des marges d'improvisation importantes : les mêmes chanteurs ne chantent jamais une paghjella de la même manière ! Vous pouvez aussi écouter diverses interprétations très différentes du même morceau par des groupes différents, avec souvent des variations étonnantes.

Pour ma part, je suis toujours étonné que certains restent complètement hermétiques à l'envoûtement de ces chants, même s'ils sont par ailleurs fans de musiques d'opéra et de lyriques bien moins émouvants : peut-être leur manque-t-il une initiation et une révélation à la hauteur des miennes, valorisant bien l'harmonie de cette forme musicale avec la nature corse !

Vieux chanteurs corses

Les chants polyphoniques du passé

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Paghjelle typiques


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